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03/04/2007

ma première journée au fond

J’ai eu dans ma vie, 3 fois peur, mais peur, pas de celle que l’on sursaute, non une vraie peur.
Et cette peur je l’ai eu au fond.
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ma première journée au fond

La cage venait d’arriver, et le porion de service commençait à compter, ça va j’étais dans la même cage que mon vieux,
On était très serrer, la prochaine fois je ne laisserais pas mes mains dans les poches, en effets une fois dans la cage il est impossible de bouger, on est tellement serrer ! et c’est toujours a ce moment que tu as le nez qui te gratte et tu peux pas l’atteindre.
La cage fait un pas plus haut, pour laisser monter les 25 autres ouvriers, dans le deuxième étage.
On referme les portes, et voilà que la cage descend, d’un seul coup et tu as l’impression que ton cœur reste a l’étage que tu viens de quitter.
Et tout défile, ça ralentit, pour arriver à moins 480 mètres, nous arrivons à ce que l'on appelle l’accrochage, tout est clair, moi qui croyais voir le noir, il y a des néons et la galerie est très grande, les murs sont tout blanc, pour l’instant ma lampe ne sert à rien.
Dés la porte de la cage ouverte, les ouvriers sortent, on se desserre, je surveille mon Joseph, qui lui n’a pas l’air de se soucier de moi, il avance, je le suis, de temps en temps il parle avec un autre ouvrier.
Plus on avance plus les ouvriers se séparent et vont dans des directions différentes, il faut que j’allume ma lampe il fait noir, elle n'éclaire pas beaucoup, à peine a un mètre cinquante.
Je me retrouve maintenant à suivre de près, mon Joseph.
Je sentais le fort courant d’air qui venait du trou par lequel j’étais descendu, c’était le puits d’arriver d’air.
Les galeries que nous empruntons sont plus petites et parfois il faut se baisser pour ne pas se cogner la tête sur les bois de soutènement.
On passe des portes, que je ne pourrais ouvrir seul, il faut mettre le pied sur le mur est tirer de toutes ses forces pour la décoller, c’est des portes pour empêcher l’air de prendre le plus court chemin celui d’aller de suite vers le puits de retour d’air, plutôt que d’aller aérer les autres galeries.
J’essaye de me repérer, de regarder ou l’on passe.
On arrive à une intersection de galerie, mon Joseph a un temps d’arrêt, puis il continue dans une galerie, un peu plus petite il faut marcher courbé.
Joseph me parle, il me dit en petite phrase, une sorte de petit nègre, ses quelques mots.
« Toi rester ici, toi attendre moi, toi pas bouger de la, d’accord ? »
Et il s’en va, je le vois disparaître avec sa lampe qui balance accrocher à la ceinture, me voilà seul.
Ma lampe éclaire à peine a 1 mètre cinquante, je m’assoie à même le sol, mes yeux commencent à s’habituer à la pénombre, je n’ose m’aventurer plus loin,
Des craquements se font entendre, ça craque toujours au fond, des fois des cailloux tombes du toit, quand je bouge ma lampe je crois voir des hombres.
Je n’ai pas de montre, je ne sais pas quelle heure il est, j’attends.
De temps en temps je crois apercevoir quelques choses qui bouge, moi je ne bouge pas, et je voie des petites souris, qui courent dans tous les sens, on me l’avait dit qu’il y avait des souris et elles ne me font pas peur, bien au contraire, ont m’avait expliqué que les souris si elles sont la, c’est bon signe, l’air est respirable, il n’y a pas de gaz, si non elles étaient partit déjà depuis longtemps, j’essaye de me rassurer.
Le temps passe, je ne sais pas combien, toujours ses craquements qui sont sinistres, je ne bouge plus ma lampe elle est poser à même le sol, si je la bouge, je vois des ombres.
Combien de temps il est partit, qu’est ce qu’il est partit faire ?
Et s’il m’avait oublié ?
Les minutes deviennent des heures, et le temps passe, et je me questionne, et je me rassure, de toute façon au jour ils verront bien que ma lampe ne soit pas la et que mon jeton est encore accrocher, ils viendront à ma recherche.
Et si Joseph avait un malaise, et que lui personne ne pourrait l’aider, plus ça avance plus je sens la panique me prendre, et je me parle.
Marcel il faut que tu prennes une décision, je pense que ça fait plusieurs heures qu’il est partit, je sens la sueur sur mon front, puis aussi dans le dos, vais-je retrouver ma route.
Encore un moment à scruter le noir de la galerie, et d’espérer voir sa lampe, mais rien.
Je pars, il faut faire quelques chose, la c’est sur il ma abandonner.
Je suis le chemin que je crois reconnaître, et je pense, faut que je parte face au vent la ou vient l’air, comme cela je retrouverais le puits d’arriver d’air, me voilà partit.
De temps en temps je m’arête, et crois reconnaître les endroits ou nous avons passé.
Au loin une lampe, mais pas celle de Joseph, non la c’est une lampe comme seul les porions ont, une lampe a barrette, ça me rassure ; en arrivant sur moi, le porion me dévisage de haut en bas avec sa lampe, et la, il me dit, « que fais tu la ? Et ton vieux? »
Je lui explique, il est partit ça fait plusieurs heures et il n’est toujours pas revenu !
« Comment ça plusieurs heures, ça fait à peine une heure que le poste à commencer, il est partit chercher ses outils, tu va repartir à l’endroit ou il t'a dit de l’attendre, et tu attends ».
Je me retourne, et je reçois le magistral coup de pied au cul, qui me fait faire un bon en avant, je ne traîne pas car les jurons qui suivent ne sont pas plus rassurant, le porion visiblement n’en revient pas de me voir-la.
Je retourne à l’endroit ou Joseph m’avait laissé, et de loin je vois une lampe, c’est la sienne
« Pourquoi toi parti, moi dit attendre ». il n’était pas en colère comme le porion et visiblement lui avait eu aussi peur que moi, je pense.
Je ne réponds pas c’est inutile mais de toute façon, la joie que j’avais en moi de le revoir me comblait, même le deuxième coup de pied ne m'a pas fait mal, et ses paroles en polonais n’avait rien de méchant.
Il avait ses outils, sa hache, sa scie, son pic ,et la pelle qu’il me donna à porter.
Avant d’arriver au poste de travail, la ou il fallait réparer le bois de soutènement cassé, on avait encore du chemin à faire.
Cette aventure, je ne l’ai jamais raconté à personne, et ma mère n’a jamais su
Je n’avais que 15 ans !
A suivre …………….

13:28 Publié dans la mine | Lien permanent | Commentaires (10)

Commentaires

Bojour Marcel
Je lis avec toujours autant d'interet tes récits passionnants.Bravo !tu peux etre fier de ce que tu as fait .C'est un métier qui mérite notre respect Chapeau! Tu montres combien c'était un travail dure et pénible et combien la réalité sociale était difficile à vivre .
Ma femme est née à Auchel .Son père était ingénieur des houilléres à Auchel .Il descendait souvent au fond mais les conditions de vie n'étaient pas les memes !!!Il est mort à 35 ans emporté par une maladie terrible .
Continue à nous raconter ...
Cordialement
Jacques

Écrit par : JACQUES | 03/04/2007

je ne sais quoi te dire , tu me fais fondre, j'ai lu pas mal de bouquins dans mon jeune temps , genre " Zola " .. mon père était mineur et pourtant .. lire tes ecris je me dis que j'ai passé a coté de pas mal de choses, j'aurai du questionner mon père, comme ça il est mort sans rien nous avoir légué de son passé, il a vécu les mémes epreuves ... tu m'as conseillé de chercher dans mon passer et de l'ecrire pour les enfants , je crois que tu as raison , vu la façon dont je réagit a tes écris et connaissant mes filles , je sais qu'elles seront heureuse de conserver des souvenirs vécus de leur mére ... je ne fais pas souvent de commentaires , mais saches que je lis tous tes écris..

Écrit par : maria | 03/04/2007

C'EST ENCORE MOI
J'ai mis sur mon blog un diaporama spécialement pour toi !va l'enregistrer.
Jacques

Écrit par : JACQUES | 03/04/2007

C'est très émouvant de lire vos récits. Merci. Amitiés. Monique

Écrit par : monique-âne | 03/04/2007

Passionnant et émouvant ton récit.Je n'imaginais pas que la vie des mineurs de ton âge était encore aussi rude.Il faudra vraiment faire un livre avec ta vie de mineur.
Chapeau à toi et à tous ceux qui ont travaillé dans la mine.
Amicalement

Écrit par : Allier-née | 03/04/2007

Je te renouvelle mes encouragements à éditer ce que tu nous écris là...tu pourrais demander aux jeunes des écoles de te servir de relecteur pour travailler un peu la forme et l'enrichir de leurs questions...ce serait une oeuvre commune et tu aurais tes premiers acheteurs...par le biais de la coopérative des écoles peut-être...ou bien tu peux le faire par le net....ne laisse pas se perdre tout ce que tu nous dis là, c'est précieux.

Écrit par : anne-Marie Gernot | 03/04/2007

Tu fais naître en nous l'anoisse , nous la partageons dans cette obscurité où tu t'es vu abandonné, dans cet inconnu qui va devenir ton quotidien, ton récit nous prend aux tripes, et comme tu le dis, tu n'avais que 15 ans, l'âge de l'insouciance, et pour toi ,des premières peurs d'adulte.
Je copie et j'enregistre , comme chaque jour,
Framboisine

Écrit par : framboisine | 04/04/2007

Magnifiques tes récits de tes débuts à la mine, et si jeune!!!
Et on comprend ta peur, tes peurs, dans ce dur métier qui force l'admiration par sa rudesse...
Merci pour ton témoignage.
Amitiés
Jean-Louis

Écrit par : Jean-Louis | 04/04/2007

Le temps paraît bien long dans le noir, à 15 ans ! Et une heure, dans ton cas, ça dû faire bien plus que 60 minutes !!! J'aime ta façon simple de raconter, sans en rajouter et en nous faisant vivre ce que tu as ressenti. Tu as une excellente mémoire !

Bonne continuation, gueule noire !

Amitiés du grillon

Écrit par : christian | 06/04/2007

tous tes récits sont agréables à lire et facile.c'est vrai que tu devrais écrire un livre sur tout ce que tu as vécu,tu te rends compte tous les gens qui pourraient te lire et apprécier ta vie dans la mine.et s'apercevoir combien ce travail était dur.....on voit aussi que tu aimais ce travail,tout dur qu'il était. je t'embrasse et te souhaite une bonne nuit.@+

Écrit par : mireille | 06/04/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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