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04/04/2007

Suite de ma première journée au fond

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En cours de route, il a fallu prendre deux bois, je me demandais pourquoi deux bois, alors qu’il fallait en réparer qu’un, j’avais entendu le porion expliqué a Joseph, le remplacement d’un bois de soutènement cassé.
Il y avait une technique pour transporter les bois, on ne pouvait les porter, la hauteur de la galerie , ne le permettait pas.
Il sortait une corde de sa musette, fit un nœud coulant autour du bois et me la tendit « toi tirer » et lui avec sa hache la planta fortement dans le bois, ça lui faisait une poignée.
Et tous les deux en tirant sur notre charge, nous continuons notre route, pour atteindre l’endroit de notre travail.
En effet, le bois cassé présentait un danger d’éboulement, un peu de repos nous fit du bien, il avait des difficultés à respirer, comme tous les vieux, il avait de la silicose, et je revoyais mon père, et ses difficultés à respirer.
Il organisa le lieu, pris ma lampe l’accrocha a l’opposé de la sienne, pour que le chantier fut éclairer du mieux, la musette aussi devait être accrocher à un endroit non accessible aux souris, sous peine de la retrouver les tartines percer d’un joli trou,travail de la souris.
Il m’explique, « toi dégager bois cassé, derrière » et lui commence à mesurer, le mineur n’avait jamais de mètre, et les mesures qu’il employait était, le pic, la longueur de son coude a la main, « une coudée » sa main, son poing fermer avec le pouce ouvert « une poignée de pouces », ou ses doigts.
Pendant qu’il scia le bois a longueur et d’y faire une gorge a la hache, je dégageais le bois cassé, j’enlevais « les queues(1 )», les cailloux, et tout ce qui pouvaient gêner.
Lui pendant ce temps avait coupé à longueur le bois qui allait servir de soutènement provisoire, il le cala en dessous de la bille du toit, frappa de grand coup a l’aide de son pic.
On pouvait maintenant enlever, le bois cassé , j’avais fini d’enlever tout ce qui avait autour.
Comme par habitude, il sortit de sa poche un gousset dans lequel il y avait sa montre, et me dit « nous manger »il était l’heure du briquet.
On s’installa tous les deux cotes à cotes assis sur le bois, et chacun nous sortions notre précieux repas, il n’y avait pas de point d’eau pour se laver les mains, et il fallait protéger les tartines avec la mallette pour éviter que nos mains sale touche le pain, c’est comme ça au fond, et ça allait être toujours comme ça, car des points d’eau au fond ça n’existait pas.
Mes copines les souris étaient la et attendaient, mon compagnon leur jetait des petits morceaux de pain, j’en fit tout autant et m’amusait à les regarder venir et repartir vivement avec le petit bout de pain qu’on leur jetait.
Il fallait maintenant enlever le bois cassé, « la bille(2) » du toit était maintenu, je comprenais pourquoi il fallait deux bois ? , Avec sa scie il se mit à scier avec précaution le bois cassé, en surveillant, l’opération était délicate, car même le bois cassé pouvait encore soutenir assez bien.
Au fond la plupart des bois étaient en sapin, c’était un bois qui ‘parlait’ disait le mineur, il avait la particularité de craquer petit a petit et de prévenir.
Par moment et pour reprendre sa respiration il arrêtait, mais il ne m’aurait pas donné cette tache à faire, je comprenais qu’il préférait s’en assurer lui-même.
L’opération touchait à sa fin, il y avait quelques cailloux qui tombèrent du toit, mais le bois provisoire faisait son effet de remplacement.
On enleva le bois qui maintenant était en deux morceaux, il repris la mesure avec ses outils, coupa à longueur et avec sa hache pouvait tailler en biseaux, pour que celui ci entre bien a la place de l’autre.
Je remis derrière, les queues, et les cailloux, ça s’appelait le troussage, dernière opération pour terminer le travail, enlever le bois provisoire.
Je voyais à son regard, que Joseph était satisfait, comme un maçon au pied de son mur, quelques coups de pics, coté masse, par-ci par la pour s’assurer que tout cela sonnait bien, il savait au son qu’il entendait que c’était bien serrer.
Il regarda sa montre, on pouvait se reposer, pas trop longtemps car l’heure du retour était proche.
Le bois cassé pouvait être débiter en « racourche(3) »on avait le droit de le rapporter à la maison, pas plus de deux par musette, le bois était couper en petite longueur de 25 cm qui allait servir de petit bois pour allumer le feu.
Joseph avait de très bons outils, sa scie coupait à merveille, et sa hache qu’il aiguisait avec une pierre spéciale qu’il lubrifiait avec son crachat.
Je n’avais pas eu beaucoup de parole, mais je comprenais à ses gestes ce qu’il allait faire,
Apres un rajustement de nos habits, nous pouvons reprendre la route du retour, un peu moins charger.
On repris le même chemin jusqu'à l’endroit ou il m’avait laissé, pourvu qu’il ne fasse pas la même opération à me laisser-la.
Mais non, on continuait, a un moment il s’arrêta, et cacha ses outils dans la paroi derrière les cailloux, par un repère, il allait les retrouver le lendemain.
Il y avait dans chaque quartier, des coffres ou il pouvait y entreposer les outils, mais sans doutes trop loin de notre route du retour, et Joseph préférait les retrouver lui-même, ne sachant pas a quel endroit il allait être le lendemain.
On approchait de l’accrochage, et comme pour la descente, il fallait faire la queue pour remonter, et la même opération de comptages du porion de service.
Aussi serrer dans la cage, mais la, la main était libre, la lumière du jour aveuglante et la chaleur du jour me fit un bien énorme.
J’avais fait ma première journée au fond, je me laissais tomber sur le banc du lavabo, tout le monde s’affairait autour de moi pour aller se laver, je fumais ma cigarette, elle avait un bon goût comme celui d’être la, j’avais besoins de décompresser, après tout ce que j’avais vécu.

A suivre la routine.

(1) queue : une branche d’arbre d’un diamètre de 5 cm environ, et d’une longueur de 1,20 mètres, et droite.
(2) bille : le bois de toit, il arrivait parfois que cette bille ait cassé aussi et il fallait la remplacer, l’opération était plus délicate.
(3) racourche : on appelait cela aussi « cale à marmite » a pouvait débiter le bois cassé en morceaux de 25 cm environ, qui allait par la suite être cassée en petits morceaux et servir de bois pour allumer le feu, si on avait le droit de débiter les bois cassés, il était interdit de débiter des bois neufs, sous peine de fortes amendes, le feu devait être rallumé tous les jours, la mauvaise qualité du charbon en était la cause.>
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14:41 Publié dans la mine | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

On suit vos débuts et cette première dure journée avec beaucoup d'intéret en plus vous nous mettez les croquis bravo et merci de nous faire connaître toute cette vie si difficile - amitiés d'astrée

Écrit par : ngeorges2 | 04/04/2007

Et en plus on a droit aux croquis explicatifs et au lexique...merci Marcel, tu es un vrai prof d'histoire sociale. Garde bien tout cela, je suis sûre que ça te servira.

Écrit par : anne-Marie Gernot | 04/04/2007

Bien dit, et bien fait! Et bien expliqué ! Toujours agréable à lire, le Marcel ! les bois parlent et sonnent quand tu les tapes, un son clair ! Et toi aussi, ta note es tclaire !

Amitiés

Le grillon

Écrit par : christian | 06/04/2007

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